Publié par : ghosthinker le : juillet 30, 2009
Le dernier né du web fait un tabac, il s’appelle Twitter (« gazouiller » en bon français). C’est un site de micro-blogging qui permet de communiquer avec tout le monde au sein d’un espace simplifié de 140 caractères. Par sa nature même, Twitter est à lui seul le symptôme d’une simplification des esprits lié à l’utilisation (forcément abusive) de l’outil informatique.
Prenons un peu de distance pour voir comment on en est arrivé là… La généralisation de l’outil informatique et des ressources dématérialisées et collaboratives (google, wikipédia…) a supplanté les bibliothèques ans le cœur et l’esprit de ceux qui ont pour matière première le savoir et l’information.
Mais avec internet, plus besoin de comprendre une information pour la prélever et se l’approprier. Pour l’incorporer dans une réflexion il suffit d’un copié collé. Les connaissances ne sont plus forcément assimilées, elles sont accumulées. D’ailleurs d’une manière plus générale, la dématérialisation a démultiplié les quantités (nous avons tous des dizaines de gigas de musique que nous n’écoutons pas, idem pour les films…), mais pas la qualité.
Aujourd’hui on engrange les connaissances sans forcément les lier. La vitesse du média et celle du copié collé ne donnent pas le temps de prendre du recul sur l’information pour complexifier et approfondir a réflexion. Les liens se succèdent de plus en plus vite et de plus en plus nombreux. Sur Twitter on retwitte une info, sur Facebook on « aime » ou on « partage ».
A sa création Facebook ne concernait que les membres d’une université américaine. En l’exportant dans le monde entier, on a copié les comportements des lycées américains pour les coller sur les esprits de tous, quelque soit la culture l’âge, ou le degrés d’instruction. Aujourd’hui Facebook infantilise et redonne au niveau mondial, à chaque individu, un comportement de lycéen américain.
La facilité avec laquelle on peut lire ses mails, ses tweets, ses SMS, ses statuts facebook grâce à son téléphone mobile, mélangent sans tri l’important et l’accessoire. Personnellement, je suis sûr que si j’étais connecté à tous les réseaux sociaux qui existent je pourrais facilement passer 24h… à rien faire.
D’ailleur dans son numéro de Juin, Technikart, n’y va pas de main morte et appuie là où ça fait mal : « incapable de vous concentrer sur un texte de plus de 3 lignes ? Vos rendez-vous se font l’œil rivé sur votre iPhone ? Vos conversations deviennent aussi débiles que vos posts sur Facebook ? Et si on essayait d’être un peu moins con ? » débute l’article intitulé : Le web 3.0 rend-il idiot ?
Vous n’avez pas remarqué ? Nous arrêtons toutes les cinq minutes ce que nous faisons pour faire autre chose. Pourquoi ?
La technique a depuis longtemps façonné notre manière de travailler, mais il semble que l’ère digitale soit en train de changer jusqu’à notre manière de penser… En tout cas c’est ce que pense Maggie Jackson qui a sorti un essai remarqué sur cette érosion de notre attention : Distracted. Elle y explique ce que nous constatons tous les jours sans le vouloir : notre mental remplace l’action par la réaction. La satisfaction immédiate de nos envies compulsives remplace la réflexion à long terme et nos capacités mentales se réduisent à celle des machines…
L’un des symptômes de cette nouvelle tare 2.0, c’est le syndrome de l’APP (Attention Partielle permanente). Mauvaise nouvelle : nous, internautes, sommes tous atteints. Nous vérifions nos e-mails, avons une dizaine de pages ouvertes en même temps, regardons une vidéo tout en écrivant un mail ou en écoutant de la musique en pensant au prochain tweet qu’on va envoyer à la suite de l’article qu’on a lu il y a à peine 10 minutes. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas du travail multi tache.
Le travail multi-tâches est motivé par le souci d’augmenter sa productivité, en s’attachant à faire plusieurs choses à la fois, chacune d’entre elles ayant le même degré de priorité. Rien à voir avec l’APP qui nous transforme en guetteur permanent pour ne rien perdre du flot d’info constant auxquels tant de fils invisibles nous lient.
Nous avons l’impression très excitante de vivre intensément car nous sommes connectés avec nos amis, avec le monde, avec l’actualité mais au lieu d’agir, nous réagissons. Nous actualisons chaque info que nous pensons pouvoir être la source d’un bénéfice même si elle ressemble à du spam (je pense notamment aux RT –retwitte- multiples de Twitter par exemple…)
Bien que concentré sur ce qui nous semble être le plus important, nous conservons une vision périphérique sur le flux. Tant et si bien que nous perdons l’habitude de nous concentrer sur une seule chose, et que nous sommes littéralement assaillis par l’infobésité nuit et jour, 365 jours par an. Nous automatisons nos mis à jour sans relâche comme si notre cerveau n’était qu’un disque dur de plus.
L’attention, nous explique Linda Stone, est un des outils les plus puissants de l’esprit humain et nous seuls sommes responsables de la manière dont nous utilisons cet outil magnifique.
Devrons-nous à l’avenir, instituer des journées sans internet ou sans wifi afin de raisonner comme certains prônent les journées sans achat pour profiter de la vie? Il en va peut être de la nature même de la pensée humaine…